Quelles sont les pistes pour favoriser le travail des migrants

Le défi des cantons La Suisse veut intégrer professionnellement les personnes relevant de l’asile. Quelles sont les solutions?

Dans le cadre du cours OK job, Salihe, Hassan, Ruzdi et leurs camarades apprennent notamment à lire les offres d’emploi.
(Photo: Vanessa Cardoso)

Par Caroline Zuercher

Dans une salle de l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM), une dizaine de personnes ont la tête plongée dans des annonces de journal. Elles suivent le cours OK job, sur la recherche d’emploi. «On nous apprend à rédiger un CV ou une lettre de motivation, explique Salihe. Je cherche une place dans une usine ou un magasin.» Hassan, lui, était manutentionnaire au Pakistan. En Suisse, il a effectué une formation dans le nettoyage et fait un premier stage. Quant à Ruzdi, Kosovar, il a suivi une préformation de travail en cuisine et bosse le week-end dans une structure de l’EVAM, un job trouvé grâce à une agence de placement.

«Pour les personnes qui sont employables, le but est de multiplier les missions temporaires et les stages pour décrocher un contrat à durée indéterminée», explique Matthieu Friderich, conseiller en emploi à l’EVAM. Avec sept collègues, il accompagne les requérants d’asile et les personnes admises provisoirement qui n’arrivent pas à trouver un job, un apprentissage ou une formation dans le canton de Vaud.

La mission est ardue. Son équipe suit quelque 360 personnes par année. Environ 35% d’entre elles ont trouvé un travail en 2015. Pour l’ensemble des personnes admises provisoirement, le taux d’activité est de 21,2% dans le canton de Vaud en janvier et de 18,3% à Genève, selon le Secrétariat d’Etat aux migrations. Ces chiffres sont en dessous de la moyenne nationale (29,2%) et les cantons alémaniques s’en sortent mieux: ce pourcentage est notamment de 43,9% dans les Grisons.

La même tendance se constate avec les réfugiés reconnus (permis B). Plusieurs explications sont avancées, du tissu économique différent au taux de chômage plus élevé de ce côté de la Sarine. Matthieu Friderich a visité des régions obtenant de bons résultats. Il en est revenu avec plusieurs pistes de réflexion. Parmi elles, une meilleure prise en charge des 18-25 ans, un plus grand profilage de la population (avec des moyens différents suivant les potentiels) ou encore la nécessité d’augmenter les échanges entre institutions et avec le monde du travail.

Dans le domaine, la pratique et les expériences varient d’un canton à l’autre. Celui d’Argovie, par exemple, n’autorise les réfugiés à quitter les centres collectifs que s’ils trouvent un travail. Une solution? Denis Pittet, délégué à la communication au Département vaudois de l’économie et du sport, pointe du doigt une difficulté: «Pour appliquer cette politique, il faut disposer d’un parc immobilier de structures collectives suffisant. Dans notre canton, on le développe, mais il y a souvent des oppositions, ce qui rallonge les procédures.»

En école professionnelle

Selon Matthieu Friderich, la piste la plus intéressante est celle d’un préapprentissage d’un an en entreprise. Il cite aussi un projet fribourgeois dans lequel les migrants peuvent suivre jusqu’à l’âge de 25 ans des cours de français et de maths en école professionnelle. L’idée étant de permettre des échanges avec les autres élèves.

Mais une réflexion au cas par cas est nécessaire. «Nous rencontrons aussi bien des universitaires que de nombreuses personnes qui n’ont jamais eu accès à un emploi», résume Nicolas Roguet, délégué genevois à l’intégration. Depuis peu, un dispositif d’insertion professionnelle est testé dans le canton. Après un apprentissage intensif du français, un bilan de compétence est effectué. Des commissions tripartites analyseront les résultats et proposeront une formation raccourcie de 3 à 6 mois, selon la profession. Des bourses à l’emploi seront aussi créées. L’enjeu est d’accompagner les gens dans une voie qui réponde aux besoins de l’économie. Selon le délégué à l’intégration, près de 1500 personnespourraient potentiellement suivre ce programme sur les quelque 1800 réfugiés et personnes admises provisoirement en âge de travailler à Genève. Le but? En former et placer 150 à 200 par an.

A l’EVAM, une évaluation est aussi menée pour définir un projet réaliste et un plan d’action. Inutile, par exemple, de multiplier les cours de langue si la personne n’arrive pas à l’apprendre. «L’autre jour, un monsieur m’a dit que même dans sa langue maternelle il n’arriverait pas à faire ce que lui demandait le professeur de français», raconte Matthieu Friderich. Que faire dans un tel cas? «Il faut adapter le projet, dans la mesure du possible.»

Selon nos interlocuteurs, il sera toutefois difficile de faire travailler plus de la moitié des migrants. Mathieu Friderich admet que sa mission peut être frustrante. «Mais c’est aussi passionnant! Et on peut avancer», conclut-il. Même si trouver un emploi n’est qu’une étape. Ensuite, il faut le garder.

 

De nombreuses barrières à l’embauche
Pour les migrants en quête de travail, la première barrière est la langue. Des universitaires ratent le concours d’entrée à des écoles parce qu’ils ne comprennent pas correctement les questions du concours d’entrée! Autre souci, l’illettrisme. Même dans une formation pratique, il y a de la théorie, qui passe par l’écrit.Et puis le taux de chômage est de 10% chez les personnes non qualifiées en Suisse. Toujours plus de connaissances sont demandées: face à cette concurrence, les migrants arrivent en dernier. «Je n’ai jamais rencontré d’employeurs racistes, précise Matthieu Friderich. Souvent, ils me disent: «Je voudrais bien, mais j’ai déjà trop de demandes venant de Suisses, de permis B ou C.»

Les démarches administratives, que Berne veut simplifier, font aussi peur. Même si la procédure a déjà été raccourcie, les employeurs ne la connaissent pas forcément. Et s’ils ont le choix, ils préfèrent recourir à ce qu’ils maîtrisent déjà. C’est d’autant plus vrai dans les petites et moyennes entreprises qui ne disposent pas de service de ressources humaines.

A ces difficultés s’ajoutent les problèmes de reconnaissance des diplômes et de disponibilité des migrants eux-mêmes – leurs soucis de santé, les familles nombreuses nécessitant que la mère reste à la maison, l’absence de voiture pour des raisons financières, une mauvaise connaissance du système… Dans certains cas, enfin, la taxe de 10% sur le salaire, que Berne veut supprimer, ne rend pas le travail financièrement intéressant.